J’y suis retournée souvent au danemark , pour des périodes plus ou moins longues .

Ce qui a toujours été formidable dans mon mêtier, fut de travailler «ailleurs», toujours ailleurs . Avec quasiment la même forme de spectacle à des nuances près . Je le trimbalais avec moi telle une sorte de baromètre/ thermomètre , enfin un truc à mesurer les feelings, que je pouvais poser ici et là dans chaque pays, et ainsi vivre (recevoir directement) ce que les différents peuples en pensaient . On apprend assez vite à connaître les gens comme ça, lorsqu’ils sont un public . Ils réagissent tous ensemble, en plus on apporte quelque chose à acheter, et non l’inverse, je ne suis pas touriste, je travaille et ainsi je partage une partie de moi avec leur véritable existence au quotidien . Bref, c’est l’idéal pour vagabonder lorsqu’on aime ca .

J’avais rencontré pas mal d’inuites au Danemark, originaires du Groenland, des gens bizarres, qui aiment boire et qui n’aiment pas du tout parler . Je me suis battue aussi avec une inuite qui convoitait le même homme que moi . Elle me regardait en grognant, elle avait des yeux où on ne distingue pas très bien le blanc , ca faisait comme des trous noirs . Elle grognait et poussait des soupirs . Nous avons failli en venir aux mains . J’ai grogné aussi . Ca l’a arrêtée net .

Le soupir et le grognement font parti de la langue inuite . Je l’ai découvert à temps .

Pour ce peuple , la mesure du temps n’est pas tout à fait la même non plus . «Je viens demain» peut signifier que vous ne verrez pas la personne avant deux semaines .

« nos plus grands ennemis au Danemark sont les arbres» m’ont-ils dit . Il n’y a pas d’arbres dans leur contrée de glace et de neige .

Je fus invitée un soir à Roskilde à une représentation de théâtre d’un groupe du Groenland , sous chapiteau . Ce fut un privilège car je crois que j’étais une des seules «étrangères» dans le public . Au cours de la soirée on a mangé du phoque séché, bu de l’aquawit, regardé les acteurs quasiment nus se rouler parterre . Un vrai spectacle, une ambiance folle, une intensité incomparable . Une sorte de fête même … Ça grognait de tous les côtés, et je fus observée comme on observerait un sac poubelle qui n’est pas à sa place . Puis on ne m’a plus regardée du tout … transparente, inexistante, rien .

Je suis sortie de là , saoûle d’impressions nouvelles . Le masque traditionnel qu’on m’a offert à l’issue de la soirée , est sur le mur juste au dessus de moi au moment où j’écris . Un masque blanc (la neige) rouge (le sang) et noir (la mort) . Ces gens savaient encore ce que signifie un spectacle …

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Avec Ulik dans notre demie voiture parmi le public du Festival