C’est drôle comme la transmission de “l’art clownesque” n’est plus qu’une affaire de recherche de personnage et de « mise en danger » du moi ou que sais je encore, qui tend à emprisonner le jeu comique  dans un univers  exclusivement psychologique  avec  une analyse du rire qui le dénature .

clown russes du 19ième siècle

clown russes du 19ième siècle

En  niant  au clown une fonction  au-delà d’un  rôle dans un spectacle  on  l’a éliminé  de la société  en le dégageant de la responsabilité de faire rire …. Il s’en est d’ailleurs dégagé lui même et ne parle plus que de se sentir bien en spectacle . Quid du public ?

Depuis le temps qu’on essaye  de trouver son clown dans tant d’écoles et durant tant de stages,  avec si peu qui y parvienne,    la méthode de recherche  n’est peut  être pas  bonne si toutefois elle est  appliquée au bon objectif , l’amusement .006

N’aurait on pas plutôt  intérêt  à inventer des nouvelles blagues (qui  sont encore l’outil essentiel du rire ) . E il ne s’agit pas de  ne créer que des calembours, mais bel et bien des mécanismes physiques , sans doute  absurdes  …qui impliquent une imagination humoristique .

Cherchez le gag et le personnage en découlera . On l’ a sans doute oublié, à force de croire qu’ à «  l’intérieur » , la clef du comique se révélera   .

Le  plus souvent  les apprentis  veulent se « sentir  bien » en premier  lieu et avant toutes choses , pensant que leur bien être se communiquera à autrui automatiquement  .

Mon frère Leo Bassi à 26 ans , place Saint Germain à Paris 1978

Mon frère Leo Bassi à 26 ans , place Saint Germain à Paris 1978

Mais  ils s’apercoivent très vite que ce n’est pas suffisant car le devoir d’être drôle est aussi impératif que celui de gagner pour un sportif . Le public attendra du clown qu’il soit à son service pour le faire rire , peu importe comment  et en dépit de  l’état dans lequel l’acteur se trouve . S’il va bien tant mieux , mais s’il n’a pas le moral, c’est son problème, après tout être clown est aussi une profession  qui implique de ne jamais perdre ses moyens , ou bien seulement de “faire comme si” , en mettant de côté son être privé …

The show must go on veut dire qu’on distingue ce que l’on présente au public  de ce qui compose  sa vie en dehors du temps de la représentation  .

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The Queen , Cie Deracinemoa ….

Par son comportement enfantin ,  le clown a surtout envie de partager ses idées récréatives . Spontané et curieux , son rôle  consiste à inventer des nouvelles règles de jeu ,  pour  sans cesse se faire des copains ( parmi ses collègues partenaires mais aussi  ses spectateurs témoins).

Dominé par son esprit farceur , de tous temps,  il bouscule  l’ordre établi .

Lizzi chez Zavatta 1983 'Papa et maman

Lizzi chez Zavatta 1983
‘Papa et maman

Dans le fameux débat « peut on  rire de tout avec tout le monde ? » il s’agit surtout de savoir quelle forme d’humour est appliquée . La blague ne peut se faire qu’aux dépens du blagueur si on veut que tout le monde rit .

Lorsqu’on transmettait au cirque, on récitait surtout ce que l’on savait de la réaction du public …. “Si tu fais ci, le public réagira comme ca ” ” Si tu fais comme ca, les gens vont faire comme ci”.

Et c’était en fonction de cette connaissance qu’on trouvait un personnage , doc déjà chargé d’expérience , car connaissant le monde . On ne pouvait pas se permettre de créer  en fonction (uniquemment parfois) de sa propre psychologie, du moi versus moi-même . Le personnage  public  devrait être fiable, crédible par le plus grand nombre, donc déjà testé , mis à l’épreuve du public . On ne rit  que dans la confiance mutuelle , la certitude d’être compris ….

Ulik en vol

Ulik en vol audessus d’un village Alsacien

Le clown  devient inquiétant lorsqu’on le soupçonne  de  ne plus dominer  son caractère , ou encore de se servir de sa discipline comme d’une thérapie propre  . Exposer ses angoisses , ou se débarrasser de ses phobies en public , peut être drôle . Soit par hasard lorsque c’est réel,  et on ne peut le faire qu’une fois sinon on est vraiment malade soit parce que  ce n’est pas vrai , auquel cas on fait semblant et c’est une technique  maitrisé  . La frontière est certes subtile . C’est pouquoi

Il faut surtout , à chaque création, réinventer une convention entre public et artiste …

Depuis la télé réalité tout est chamboulé …  Depuis deux ou trois  décennies , le coup d’œil en coulisse  a éternellement  été renforcé pour oublier ce qu’il se passe « vraiment » sur scène , à savoir la représentation . On ne fait plus que présenter  le comment  …  Du coup , cette  non convention a aplani les différences, et on ne sait plus qui regarde qui  .

Toutes les variations,  en particulier dans l’ humour  qui était déjà  l’expression d’un recul, d’un regard extérieur, voir d’une interprétation poétique, sont dénaturées car perçues , pour ainsi dire , de dos .

Les spectacles ,  en perdant leur contexte ,  ont  désormais moins de possibilités de mise en relief de tel ou tel aspect de la vie … Chacun est conditionné à voir « autre chose»  dans ce qui est présenté et  à le filmer pour plus tard … Pendant que les uns n’assument plus la responsabilité de porter  le rire, les autres n’assument plus la responsabilité d’en être spectateur … Après tout, quel intérêt  de regarder quelqu’un qui ne cherche  qu’à « se sentir bien » aux dépens de celui qui regarde  ?

Jimmy Wheeler  Mon Grand père anglais en 1947

Jimmy Wheeler
Mon Grand père anglais en 1947