Alors les australiens , eux , étaient des sortes de Robins des bois … Ils parcouraient Florence de jour comme de nuit , à cheval sur leur Vespa . Mais j’y reviendrai .
Mon frère m’avait dit : si tu veux faire la manche en Italie avec ton spectacle, va à Florence, Piazza Santa Croce, tu verras … c’est bien là … Et comme il y avait été la saison précédente, pour les mêmes raisons, je me suis fiée à ses conseils . Cap sur Florence donc .Nous sommes en 1979 .
Sur place, il me fallait signaler à la police que je serai tous les jours devant l’Église de 15h à 20 h et je devais choisir un emplacement précis . La police m’a fait remplir une sorte de contrat de location selon une loi datant du moyen âge qui permettait aux saltimbanques de se produire régulièrement dans Florence, toujours au même endroit et pour un temps donné . J’ai donc loué 100 mètres carrés de la place Santa Croce pour tout le mois d’Août 1979 au tarif total de dix francs je crois . Une fois le papier encadré je l’ai mis dans ma voiture . Je pouvais ainsi brandir fièrement le cadre à chaque fois que les carabinieri fendaient la foule pour me demander de quitter les lieux . Ce manège ne dura pas longtemps , au bout de deux ou trois vérifications on m’a laissée tranquille .
Cependant dès mon premier spectacle , je remarquais deux petits gars un peu en arrière du public. Ils avaient regardé mes numéros plusieurs fois de suite et attendaient ma dernière représentation . « Tu as un endroit pour dormir ? » « Pas encore, je comptais passer la nuit dans la voiture .. » « Tu viens chez nous, on connait ton frère … ».
Je crois bien que ce furent les seuls mots échangés ce jour là , mis à part quelques indications pratiques concernant l’agencement de l’appartement . J’étais sous haute protection .
Ces garçons prirent soin de moi durant mon séjour , ils soutenaient mon action indépendante, ma vie hors système … Nous êtions ennivrés de liberté , le monde nous appartenait . Vraiment .

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