et la question du travail des animaux dans le Cirque traditionnel .

Je suis contre .
Ce fut le résultat d’un long cheminement de pensée . Et ce fut difficile de lâcher …
Je n’ai jamais oublié l’odeur des fauves et des éléphants , la fascination incomparable procurée par leur proximité . Comment oublier que je me suis trouvée nez à nez avec un lion , son souffle dans ma figure, ou que j’ai été griffé par un bébé tigre , ou encore qu’un éléphant a pris ma main d’enfant dans sa trompe . Ces impressions furent mes premiers amours …
Pourtant on ne peut plus regarder un singe habillé ou un éléphant en équilibre sur une patte , ou encore un ours sur une bicyclette en ignorant la somme de contraintes que cela représente pour ces bêtes . Tout cela n’amuse plus les êtres modernes et civilisés que nous sommes devenus .
On ne peut pas faire coller une logique de dignité animale avec un dressage  style cirque . C’est vrai . Le dressage n’est pas naturel . Quelqu’il soit . Les courses hippiques tombent dans la même catégorie à mon avis , ainsi que d’autre championnats où de grosses sommes d’argent sont échangés sur la souffrand42efbeb63b6d3c4638f59670d7c6fdbce des bêtes… Les emprisonnements aux zoos sont bizarres aussi , les animaux s’y emmerdent même s’ils y sont nés et n’ont jamais connu la liberté . D’ailleurs quelle liberté leur resterait il ? L’habitat des uns et des autres est de plus en plus réduit . Il n’y a plus de grands lézards dans la Garrigue à cause du TGV .
Mais reparlons des Cirques traditionnels .
Ils nous ont montré qu’on pouvait agir avec des animaux même les plus sauvages, en communication avec eux, bien qu’il ne s’agissait au départ que d’une relation de domination ou de peur . Cela nous a permis à la longue, de passer du dressage à l’éducation , par de véritables conversations où on s’est aperçu que la bête pouvait devenir un ami et collaborer pour le plaisir . Dans une entente de bon aloi … Les scientifiques découvrent aujourd’hui que les grands singes ont un langage . Les gens de cirque auraient pu leur dire il y a 150 ans . Certains dresseurs de chevaux de cirques européens sont partis aux USA au début du XX ième siècle pour améliorer le travail des cow boys et les aider pour l’élevage des bêtes . C’est la somme de connaissances des uns et des autres , qui a montré où se situaient nos responsabilités vis à vis de la nature . Vraiment ?
Dans le cirque du 19 ième siécle , le domptage des fauves par exemple , avait certes pour objectif de démontrer que l’homme était le plus fort , mais ce faisant à l’époque, il a aussi montré à une population qui n’y avait pas songé du tout , qu’ il y avait une alternative à la mise à mort d’animaux, considérée alors comme divertissante (la chasse, la tauromachie, les combats de chiens ou de coqs ) et qu’une relation était possible , même avec les plus féroces , dans un travail créatif . L’exploitation artistique de certaines bêtes a pu contribuer à leur protection . J’ai bien peur qu’en effaçant cela de nos mémoires , et en dehors de considérations écologiques , il ne nous restera plus à l’avenir qu’à bouffer la faune ou à la supprimer en lui piquant son territoire car “ Elle ne sert visiblement à rien” .
L’amour de la plupart des dresseurs pour leurs animaux dépassait ce qu’on peut imaginer . Si on replace cela dans son contexte historique , il s’agissait d’un rapport tout nouveau , celui de partenaires de travail artistique . Certains plaçaient ces partenaires au dessus de leurs propres enfants quant à l’attention qu’ils leur portaient . C’en était même ridicule . De plus, les différentes cultures rencontrées au cirque , avaient leurs propres raisons pour justifier de leurs rapports aux animaux . Un acrobate albanais m’expliquait qu’au cours d’une tournée avec le cirque de Pékin , un des ours est mort . Quelques jours plus tard à la cantine , la troupe chinoise le mangea . Ayant reconnu ce qu’il y avait dans la soupe , l’acrobate s’est écrié :” Mais on ne peut pas manger un collègue de travail ! C’était une vedette !” Les chinois ne voyaient pas ça comme ça … Ils étaient contents d’avoir de la viande au repas .
Le respect de la nature va bien au delà de simplement se disculper en pointant du doigt un coupable comme le cirque traditionnel et son univers qui , par beaucoup d’ aspects, fut tellement plus tolérant , tellement plus “en avance” sur le reste de la société qu’on a eu bien tort de jeter le bébé avec l’eau du bain . La fin de Ringling est comme une nation qui s’effondre . Et il se passera de longues années avant qu’une telle portion de population devenue tribu, ne puisse ainsi porter ensemble un projet de vie aussi libre …
Le chemin pour unifier les raisonnements sur la question du respect des bêtes est encore très long. Mais pour cohabiter harmonieusement avec la nature , il faudra , sans doute, l’admirer davantage . Le Cirque avait contribué à cette admiration en la considérant comme de l’art .

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