J’ai eu l’honneur de croiser la route de Dario Fo par trois fois … Trois honneurs …
Le premier , en 1978 , au Festival de de rue de Santarcangelo di Romagna , en étant parmi les cinq cents et quelques spectateurs qui se sont régalés de son “ stand up” exceptionnel .

Je m’étais dépêchée pour ranger mon matériel à la fin du spectacle , et courir le voir dans cette cour au plein air . Un beau soir d’été …

Sa réputation était immense , je voulais comprendre pourquoi .

Sa prestation a duré peut être trois heures et il  nous a transportés dans un monde du rire et de la joie dont on a beaucoup de mal à revenir : il nous a parlé de Commedia dell ‘Arte , se servant de deux ou trois masques de cuir,  et c’était à se tordre d’hilarité …mais il nous a aussi raconté  des anecdotes personnelles , un personnage puissant et magique qui m’est resté comme un des meilleurs exemples de la transformation qu’on pouvait opérer sur le public rien qu’en s’adressant à lui avec sincérité, intelligence et drôlerie . Les spectateurs ne faisaient plus qu’un  derrière son champion , et Dario Fo  marquait des buts toutes les dix secondes pendant trois heures .
Tu sors de là avec une espérance de vie d’au moins 150 ans . Enfin tu crois…

dario-fo-1.jpgUn ou deux ans plus tard, la deuxième “rencontre” fut encore plus exceptionnelle .

Je travaillais dans la rue à Cesenatico , un autre Festival , et pendant le spectacle j’aperçus un grand Monsieur depassant le cercle de gens qui m’entourait … Tout en jouant , je lançai plusieurs fois un regard vers lui et me disai qu’il ressemblait incroyablement à Dario Fo . Mais comme personne autour de lui ne semblait y prêter attention je pensais me tromper . Mais à la fin du spectacle , lorsque les spectateurs se sont dispersés , le maître de la Bouffonnerie était resté là , car c’était bien lui … debout face à mon espace , souriant .
Je courus vers lui et le couvris de compliments . Il me les retourna . Puis on bavarda …         Il me dit que Cesenatico était sa ville de vacances , ce qui expliquait pourquoi les autres ne le regardaient plus : ils avaient l’habitude de le voir se promenant dans la petite ville et ils le laissait tranquille … oui … ils sont comme ca parfois les italiens … On parla un peu de mon frère aussi , il le connaissait pour avoir partager l’affiche avec lui à Berlin au Tempodrom de jadis … N’empêche qu’une fois de plus , j’étais sur un petit nuage .
Plus tard encore, la troisième expérience fut à Rome et là j’ai fait coup double : Dario Fo et Franca Rame sur scène juste à côté de l’espace que nous occupions dans le fringe Festival avec Léo . C’était une sorte de terrain vague consacré à l’insolite … et croyez moi , insolite n’est pas un vain mot pour qualifier ce qu’avait été ce Festival . Rires sang et larmes serait une autre façon de le décrire . Je me souviens qu’on était en Août et les femmes y venaient en manteau de fourrure …
Mon frère , tout au long de sa carrière, a souvent côtoyé Dario Fo , ils étaient en conversation perpétuelle , les clowns , les dieux , les gens …
Il va manquer au monde , même s’il l’a parcouru pendant 90 ans …

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