En fin de compte , si on on y réfléchit un peu , on s’aperçoit que nos vrais gros rires sont rares … On se marre de temps en temps bien sûr … Mais la vraie crise, celle qui semble vous mettre en danger , celle où tu crois que tu vas mourir de rire …. Ben , du côté de la vie où je les regarde, je n’en compte que peu , et encore, c’est mon métier de me marrer et de faire marrer .

Le problème est de bien distinguer ce qui est une histoire drôle pour tous, de ce qui est une expérience personnelle irrésistiblement hilarante … Il est rare que les deux se rejoignent .
Dans son bouquin sur le rire , le philosophe Breton avait très bien parlé de l’indifférence qu’on pouvait ressentir à observer deux copains qui riaient ensemble d’une expérience commune mais à laquelle on n’était pas impliqué : le private joke qui exclut les témoins des bénéfices de l’anecdote… C’est pour ainsi dire l’ennemi du clown ou du comique , à moins de refuser que le rire est universel et de se cantonner à un humour sectorisant .
C’est pour cela que je vais rester modeste … en ne prétendant pas que les souvenirs qui vont suivre sont drôles pour tout le monde … Mais ils m’ont chatouillée à tel point que je pensais y rester … Le rire est une énergie qui peut vous emporter (dans tous les sens du terme) .et je suis certaine que j’ai frôlé la mort un certain nombre de fois …

Number one :
Très court ….

Les mystères de Paris 1978

Au cours d’une pièce de théâtre à Paris , les Mystères de Paris d’Eugène Sue , notre collègue se faisait assassiner en scène : en principe deux acteurs devaient ensuite le trainer “mort” vers les coulisses durant l’obscurité qui suivait l’attentat . Seulement voilà, on bavardait et on a oublié le mort sur scène …. La lumière s’est rallumée et le comédien s’est retrouvé au beau milieu de la scène suivante en tant que cadavre .
Les autres acteurs n’avaient pas d’autre choix que de faire semblant de ne pas le voir …
Et là je suis en train de rire en dépit les années, car je revois le pauvre collègue feignant la mort et nous maudissant en douce , alors que nous n’en pouvions plus de nous marrer, sans pouvoir intervenir , impuissants … Les deux autres acteurs sur scène se débrouillaient pour l’ignorer au milieu de leur salon (alors qu’il avait été tué dans une ruelle) mais leurs yeux se remplissaient de larmes … Nous avons tous frôlé la catastrophe mais ceux qui étaient exposés au public n’ont pas craqué .…. Et notre copain a attendu le “noir” suivant pour se lever et sortir de scène tout seul tel un ressuscité .
Le metteur en scène fut naturellement furieux ce qui accentua l’hilarité générale parmi les collègues .
Je crois que le public n’a pas tout compris ce soir là .
Nous avons mis l’action au compte d’un traitement d’avant garde d’un texte du 19ième siècle .

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