“Tu le vois celui là ? C’est un civil… » La tante Anna avait sa propre façon de parler , et d’écrire (en phonétique) qui vous désarçonnait parfois . Elle qualifiait de civil toute personne qui n’était pas du métier (traduire : du spectacle) .
Un folklore à elle toute seule la tante Anna, surnommée Nana, véritable encyclopédie du cirque . C’est d’ailleurs grâce à elle que je possède encore quelques photos et affiches remontant au 19 ième siècle… Mais comme dirait ma fille, tout le monde s’en fout . Ou presque …

marcellis avec ses enfants circa 1930 ( Anna,   troisième en partant de la gauche) droite

marcellis avec ses enfants circa 1930 ( Anna, quatrième en partant de la gauche) droite

A l’époque où se constituait les premières écoles de Cirque , Gruss , Fratellini, Châlon en Champagne etc , une bataille entre anciens et modernes naissait, profitant aux uns , enterrant les autres, et dont la première victime fut le spectacle lui-même et le pacte unissant artistes et spectateurs . Tout à coup ce qui comptait le plus était le ressenti des élèves dans la relation avec leur discipline et leur professeur , le public était le grand absent, celui dont on ne parlait jamais et que de toutes facons on ne connaissait pas … Et c’était normal puisque les profs étaient des sportifs encadrés par des théoriciens qui n’étaient jamais montés sur les planches .

La tante Anna et sa soeur Regina

La tante Anna et sa soeur Regina

La Tante Anna et son mari)

La Tante Anna et son mari)

On réécrivait l’histoire du cirque alors qu’ il n’était pas encore mort mais la version universitaire remplaçait le récit (oral) des gens qui continuaient à pratiquer une vie traditionnel, sans subvention ni aide, et dont la seule survie consistait à plaire au plus grand nombre . Dans ces conditions l’art , la création étaient un peu mis à l’écart par la branche historique , de peur de ne pas être compris ou même de trahir ce qui était devenu un héritage à protéger au même titre que les grandes institutions de civilisations antérieures .
Au cirque les jongleurs étaient comme ci et les acrobates comme ca sans jamais remettre les choses en question . Au-delà de la forme que prenait les attractions, le chapiteau et tout son contenu avait acquis un sens sacré qui ne fut jamais analysée et qui a toujours manqué à la transmission des techniques au sein des écoles devenues des usines à trapézistes .
Les cursus se ressemblent pour fabriquer des spectacles qui ont tout perdu de l’esprit pionnier qui habitait les artistes voyageurs et lorsqu’on rend hommage à la tradition, à grands renforts de clowns tristes et autres faux souvenirs , les artifices utilisées sont passéistes . Le cirque par intermittence, c’est bizarre …
Il aurait suffi de demander à la Tante Anna… Pendant trop longtemps, les civils avaient décidé qu’ Annie Fratellini détenait toute l’histoire … Puis les Gruss, puis ce fut les Bouglione. Mais comment les civils peuvent ils colportés un récit qui ne les a jamais concernés ?zurani (anna et edmond timmermans ) 001
Peu importe . La grande histoire du cirque est si grande qu’elle n’est racontable qu’au-delà d’ une dimension scolastique dont quelques échos romantiques dégénérés nous parviennent , sauf rares exceptions , à travers des spectacles prétentieux .

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