Ce n’est peut être pas seulement  la liberté d’expression que la circulaire de Monsieur Valls, ministre de l’intérieur, a entamé , mais la liberté d’opinion des spectateurs . De faire croire qu’un  public  peut  devenir  nazi en  allant voir le spectacle d’un  comique est un manquement au droit d’indépendance de penser du citoyen .  Contrairement à ce genre de représentation ,  le nazisme n’a jamais revendiqué être « pour rire ».

De plus ajouter qu’un bouffon agit « sous couvert » d’humour est aussi un abus .  Tous les comiques jouent évidemment sous couvert  d’humour  , c’est leur licence . Doivent-ils maintenant  être  approuvés  par le pouvoir ? Un tel est humoriste,  tel autre non .

Entre les diverses formes d’humour ,  il n’y aurait que le potache qui  soit acceptable  ou encore ce qu’on appelle avec dédain le politiquement correct .

Depuis des années les comiques français se plaignent d’avoir à s’autocensurer . On nous dit à longueur d’interviews  que Coluche ne pourrait pas exister aujourd’hui . Pourquoi ? Par peur d’enfreindre la loi . Mais ça va être pire maintenant .

En se conformant à cette circulaire, aucun des chansonniers français , autrefois  rois de l’insolence, n’auraient jamais pu s’exprimer …  Que va-t-il se passer ? Et quid des écrivains et des éditeurs  qu’on jugerait trop transgressifs voir subversifs ?  Combien de livres, de journaux aura-t-on la possibilité d’interdire sous prétexte  qu’ils incitent à la haine raciale ou ne respectent pas la dignité  de la personne humaine ou , ou bien , ou, ou encore, les critères de la bienséance officielle s’accumulent …

Justement  , pour en revenir au comique,  sur scène .

L’atteinte à la dignité de la personne humaine est un des  rouages  du gag : dans l’esprit du clown , insulter le malheur, se moquer des défauts, des faiblesses (les siens et ceux des autres ) est libératoire et par là même la dignité ne peut être atteinte en blaguant . De plus, le comique ne commet  des actes qu’à son encontre . Pour le cas du lancer de nain qui sert de jurisprudence à la décision de Valls pour interdire le spectacle de Dieudonné, l’atteinte à autrui  était aussi bien physique que morale et relève de la barbarie .

Il existe un pacte de confiance entre l’artiste et son public , une sorte de « qui aime bien châtie bien », où tout est permis en humour . Croire en la bienveillance désintéressée de celui qui se donne l’air de ne rien respecter , est  la condition sine qua non du rire . La circulaire de Valls retire à priori cette condition, pas seulement  à tous les comiques, mais à leurs publics, en les accusant d’être incapables de discernement .

En se comportant ainsi , les politiques octroient mille fois plus de pouvoir au bouffon  qui représentera , au-delà de  son rôle premier  de contre-pouvoir dérisoire , non seulement sa propre liberté d’expression,  mais le porte parole de tous ,  même contre leur gré . L’expression (orale) se combat par l’expression (orale) et non l’interdiction  .

Quant aux  politiciens , devrait-on  également dire qu’ils se font élire « sous couvert » de politique , avec un agenda caché ? C’est à l’électeur de le déterminer , librement , au sein d’un débat d’idées .

Tout comme c’est au spectateur d’estimer ce qui est drôle ou non , chargé de sens ou pas, et non une minestrone de circulaire ministérielle bidouillée .

La justice est là pour protéger les différentes sensibilités dans le public , et elle le fait …

Lorsque la liberté de penser est  délimitée  par l’état , cela ressemble dangereusement à de la morale « officielle » autrement dit  à de la propagande .

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