Je ne sais pas mais … J’ai presque toujours associé la prostitution à la misère sauf dans de rares cas où c’était le business artisanal d’une fille qui s’amusait de temps en temps et quelques autres  où il s’agissait de démarche intellectuelle et  individuelle,  un mode de vie presque artistique destiné à ne durer qu’un temps très court . Un défi , une expérience en somme . Mais  ce n’est pas toujours aussi cool ou clair ou romantique ou moderne .

Il y a les autres . Dans le monde “by night” , j’ai connu des filles droguées et alcooliques  dont la sordide existence se réduisait à ne pas choper une maladie ou  à éviter d’être brutalisée,  par un client  ou  autre , tout  en étant à la merci d’un sombre mec qui ne soutenait que son porte monnaie . Après , je n’ai été témoin que de filles à l’abri des boites de nuit , je ne connais pas la condition de celles qui sont sur le trottoir .

Le cas de Brita par exemple : une strip teaseuse en fait , magnifique blonde à la plastique irréelle, une suédoise en plaine santé et souriante . Elle devait avoir 21 ans la première fois que nous avons travaillé dans le même spectacle, dans un cabaret en Allemagne . Son contrat ne consistait qu’à danser en s’effeuillant sur scène . Rien de plus . C’est elle, de manière indépendante, qui faisait des extras . Une forte tête, à la fois bête comme ses pieds et super maline .Elle manipulait tout le monde et s’enrichissait de soir en soir… Fascinant à voir .

Ensuite elle fut engagée au Crazy Horse à Paris … la consécration ! Je l’ai recroisée deux ou trois ans plus tard en Italie . Elle voulait tout arrêter pour élever des Yorkshire, elle se sentait bien disait elle, et c’est bien possible . N’empêche que je l’ai vue un soir dans la cour de l’hôtel avec un type qui lui tenait un revolver sur la tempe …. Elle s’en est bien sortie cette fois là .

Dans le même cabaret allemand mentionné précédemment , il y avait une autre strip teaseuse ,une certaine Verena programmée  dans un numéro de danse  erotico-nul. Roumaine, folle la pauvre . une vraie victime elle, ne contrôlant rien du tout . Saoule tous les soirs, vomissant en coulisses, toujours malade en fait . Elle détestait son job et pleurait tout le temps . Je ne sais pas au juste quel pression elle subissait, ni qui la faisait chanter , mais il était clair qu’elle n’était pas libre .

Les deux filles se prostituaient dans le même contexte, mais chacune le vivait aux extrêmes opposés .

Du même âge au même endroit, je faisais un numéro sans autre contrainte ni aspiration (à l”époque) que celle de divertir avec mon violon . Mon rapport avec ces filles était bizarre ; d’un côté elles me protégeaient , j’étais  intouchable, on me fichait la paix . De l’autre, elles étaient persuadées que je ne pourrais pas tenir le coup longtemps comme ça et que tôt ou tard je “plongerai “:  la musique ne servait  à rien, le sexe écraserait tout  . Elles me trouvaient un peu conne d’ailleurs . Mais  je les aimais bien , comme j’ai toujours aimé l’étranger et au-delà , l’étrange .

Oui la prostitution est étrange , entre vie privée et vie publique, il faut la laisser telle quelle , en souplesse . Une marge de transgression  est primordiale  dans une société déjà trop raide . La pénalisation des clients favoriserait la clandestinité, et la dégradation de la condition des prostituées  . La plupart d’entre elles ne veulent pas  en faire une carrière , elles imaginent que c’est provisoire , ne les obligeons pas à se cacher davantage , avec  moins  de choix , moins de perspectives .

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