Tage Lüneborg  .

Déjà le nom ….  il faut prononcer  tâgueuh  mais le luneborg est à peu près normal .

Ensuite son costume : Spencer noire sur pantalon large , noir aussi, à taille haute, et chemise à jabot. Je m’en suis inspirée des années plus tard pour mon propre  spectacle Orchestra, Orchestra !

Sa coiffure , cheveux hirsutes,  et  très important , son air hagard , parachevaient le personnage .

Monsieur Lüneborg était le chef d’un orchestre vieillissant comme le reste du Lorry Theater à Copenhague . Composé de musiciens de niveaux et de styles  trop disparates, cet ensemble ne produisait  aucune  cohérence musicale … Il y avait là, à condition qu’ils ne soient pas malades et ça arrivait souvent,  deux violons,  un pianiste , un batteur,  une trompette, une clarinette, une sorte d’harmonium qui doublait parfois  le piano et une contrebasse . Je me souviens que quelqu’un jouait de la  guitarre électrique de temps en temps , en fonction des morceaux  qui accompagnaient  les différents numéros  dans ce Music Hall Danois . Nous étions en 1972 mais cette scène de variétés traditionnelles   fonctionnait  encore  selon les règles   du début du 20ième siècle , à ceci près que le son était amplifié . Tage se mettait à l’accordéon pour meubler l’entracte . Il chantait aussi . C’était effrayant .

Je reparlerai du programme du Lorry dans un autre texte mais  ici je n’ai envie d’évoquer que le chef d’orchestre .

Une partie du programme au Lorry 1972, je m'appelle alors Joanne Lisa sur scène .

Une partie du programme au Lorry 1972, je m’appelle alors Joanne Lisa sur scène .

Le théâtre fermait le dimanche soir après la matinée , pour n’ouvrir que le Mardi suivant .

Une autre partie du programme : à droite mon frère Leo Bassi junior avec ma mère June .

Un week end , juste après le spectacle , Tage disparut … Tout le personnel et tous les artistes se mirent à sa recherche . TAGUEUH ! TAGUEUH ! TAGUEUH dans tous les recoins du théâtre qui en comportaient beaucoup . C’est frappant d’ailleurs comme ces anciens bâtiments  ne sont  pas fonctionnels, c’est ce qui faisaient leur charme d’ailleurs . Des escaliers en trop , des portes en moins, plein de petits rebords partout , des enclaves et puis les loges, comme souvent,  en dessous de la scène . Et l’odeur … Les artistes connaissent bien l’odeur des coulisses … Parfois il y aurait même la possibilité de reconnaître la marque de fond de teint qui , dans l’air,  laisse trainer quelque chose de fort.

On s’est tous rassemblé dans la salle pour  conclure après délibérés que Lüneborg avait dû quitter le théâtre en costume . Ses collègues musiciens en restèrent là et ne s’inquiétèrent pas plus longtemps .  Et chacun de rentrer chez soi en se saluant . Je trouvais quand même bizarre que ses vêtements de ville étaient encore dans sa loge . Je fermai la porte de la mienne à clef puis m’en suis retournée à la caravane où nous logions, ma famille et moi, dans une cour derrière le théâtre . En y repensant , je crois bien que c’est au Lorry que mon frère a débuté … Mais c’est une autre histoire;

Le lundi était notre jour de congé , le théâtre restait fermé , aussi personne n’alla répéter le lendemain comme nous le faisions tous les autres jours . Il s’agissait soit de s’entrainer à de nouveaux tours, ou tout simplement  faire un échauffement de maintien . Le lundi était alors vécu comme de véritables vacances .

En arrivant le mardi après midi pour me préparer , je ne m’attendais pas à ce que je vis dans ma loge. Tage endormi, cuvant je ne sais quel alcool depuis une bonne trentaine d’heures . Il était dans un état indescriptible, mais toujours en costume . « TAGUEUH ! » « He’s here ! ».

Tout le monde accourra . Dérangé par tant de bruit, le chef se réveilla et une fois debout , brossa son pantalon de  la main , redressa les épaules et remonta vers la scène pour la séance suivante .  Ce fut le début d’un fou rire qui me dura un mois

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