La brise qui s’engouffrait par ma fenêtre entrouverte , apportait à la fois  soulagement et excitation . C’était comme ca presque toutes les nuits .Chaleur torride , fatigue sans sommeil .Assise sur le bord du lit , lumière éteinte , j’entendais  les sons onduler , les bribes de phrases grecques , les quelques notes de bouzouki  , tandis que le souffle frais  faisait danser les rideaux … La nuit étoilée m’appelait au dehors  et , comme un rituel , je montais jusqu’au toit de l’hôtel , sur la terrasse , lieu de vie nocturne commune à de nombreux pays dans cette partie du monde . Souvent , quelqu’autre personne s’y trouvait déjà , peut-être pour sentir l’air de la mer ou bien pour écouter cette même musique , que je connaissais désormais par cœur .004

J’en comprenais les paroles , à force de les avoir entendues . Mieux encore , ce n’était plus de la compréhension , c’était de l’envoûtement . À ma montre , peut-être une heure, peut-être deux heures du matin … Je faisais semblant de résister à  cet appel tout en sachant parfaitement bien  que je n’étais sur le toit que pour mieux laisser la magie opérer . « Ena dacri epeza sto trapeziiiiiiiiiiiiiiiii » … Oh non , pas cette chanson là …Trop tard j’étais saisie . Bien sûr . Comme à chaque fois . Je n’aurai pas dû monter sur le toit .

J’y vais…

Je partais , dévalant à toute vitesse les escaliers de l’hôtel . La porte . « Sti zoi mou ooooli …. Ekana…. ». La rue .

À grand pas , les yeux écarquillés , scrutant l’obscurité de la rue mal éclairée , je parcourais le chemin familier , croisant , sans les regarder quelques silhouettes de la nuit .

« Esi ‘sai …pou ipoferoooooo… »

J’y suis presque , j’entends mieux la contrebasse … Vite , ils vont chanter « to vouno » …

Un homme me sourit devant la porte du Cabaret, « To magazi » , comme ils disent là bas . « Tu en as mis du temps ce soir , entre !  on t’attendait » …

Il poussait les deux battants sur un monde de passions …